Le camp militaire de Caylus

Les origines

C’est en 1884 que le projet de création d’un champ de tir dans le quadrilatère Saint-Projet/Mouillac/Vaylats/Saillac est arrêté. Les travaux des commissions, les reconnaissances, les pourparlers avec les représentants des communes, les propriétaires des terrains et l’administration des Ponts-et-Chaussées, aboutissent en 1886 à la définition d’un projet de champ de tir dont l’acceptation, le 12 avril, peut être considérée comme l’acte de naissance du camp de Caylus.

C’est vers 1902 que furent effectuées les premières manœuvres militaires dans le secteur de Caylus. A cette époque, le champ de tir n’est pas permanent et les tirs ont lieu au cours des campagnes annuelles demandant une importante organisation, assortie de contraintes nombreuses : déplacement des unités, indemnisation des dégâts aux cultures et aux propriétés. La fréquentation du champ de tir était d’une soixantaine de jours par an. Avant chaque tir, la mairie de Caylus informait les populations intéressées. Des postes de surveillance comprenant des cavaliers (vedettes de tir) et un clairon étaient positionnés autour du camp pour éviter toute intrusion.

Les pièces d’artillerie de calibre 75 se trouvaient dans la commune de Saint-Projet, celles de 135 au carrefour de la Trivale. Avant le début de chaque tir les canons tiraient des coups à blanc pour avertir la population de l’ouverture des feux. Il ne s’agissait alors que de petits entraînements et exercices de tirs réservés aux unités de la région. La troupe était logée chez l’habitant et les terrains de manœuvres loués aux propriétaires terriens. La vente des produits fermiers aux soldats de passage ainsi que le ramassage sur le champ de tir des balles de cuivre étaient un apport financier appréciable. Pour amoindrir les impôts, les agriculteurs pouvaient effectuer des travaux d’entretien sur les champs de tir.

Les premiers achats de terrains sur Caylus et les communes de voisines furent effectués entre 1917 et 1920. Ils furent tous acquis à l’amiable. Les premières baraques faites en planches apparurent à Livron. Elles furent progressivement remplacées par des bâtiments en briques en particulier une grande infirmerie au camp de Livron construite en 1937. Un premier projet d’adduction d’eau fut réalisé en 1927. Il a permis de conduire l’eau de la source du Sanctuaire au camp de Livron. Une deuxième vague d’achats aboutit à la création du Camp des Espargots en 1932. Ces terrains ont été achetés soir à l’amiable soit par expropriation, suite à une déclaration d’utilité publique. Cette même année, un premier permanent est affecté au camp, un sous-officier du Génie. Cet agrandissement a été conçu et a pris corps pendant les années qui suivirent. Le camp comptait alors plus de 3500 habitants pris sur les communes de Caylus, Lacapelle, Loze, St-Projet, Mouillac en Tarn-et-Garonne ainsi que de Vaylats et Saillac dans le Lot.

A cette même époque fut construite la tour de la « Boule Rouge » à la cote 391 : une heure avant le début des tirs, une sphère rouge, illuminée la nuit, était hissée au sommet de la tour. Visible de toutes parts, elle avertissait la population de l’occupation des champs de tir. Symboliquement une boule rouge phosphorescente a été mise en place au sommet de la tour en 1983. Elle domine le camp et peut être aperçue, par beau temps, à 5 lieues à la ronde.

La boule rouge

LLe camp de Caylus pendant la guerre de 1939-45

Un camp d’internement a été installé sur le territoire du camp militaire en 1938. Il servait de lieu d’internement pour des réfugiés espagnols. Comme en 1932, un plan d’agrandissement du camp a été imaginé. Les premiers travaux de terrassement ont été entrepris à partir du printemps 1939 par ces réfugiés gardés par les cadres de l’armée. En janvier 1940, ce camp est fermé, mais en 1940/41, des Juifs y seront internés. Il s’agissait essentiellement de Polonais encadrés par des officiers et sous-officiers français en civil.

L’activité du camp devait s’accroître lors de la déclaration de guerre en 39. Il était destiné à former le dépôt 172 bis pour des bataillons d’infanterie légère (13°IL) qui étaient composés de punis de droit commun, ayant purgé leur peine ou les terminant dans les prisons centrales de France. On les surnommait communément « les joyeux ». C’est ainsi que 10.000 de ces hommes transitèrent par le camp de Caylus. L’encadrement de ces unités était composé de réservistes de tous grades ainsi que de cadres d’active. Pour la sécurité, des gardes mobiles et des pelotons de Spahis furent affectés au camp. Pourtant bien gardés par ces polices, de nombreux règlements du compte eurent lieu au couteau entre « gars du milieu » des différentes grandes villes de France. Après juin 40, quand on commença la démobilisation, les condamnés de droit commun qui n’avaient pas terminé leur peine ou qui ne s’étaient pas évadés, regagnèrent alors les prisons centrales. Celle-ci terminée, le dépôt fut liquidé et les cadres d’active devinrent civils à titre précaire par suite des accords d’armistice.

En novembre 1942, Les Allemands décidèrent de la suppression de la zone libre. Ils franchirent la ligne de démarcation. C’est dans ces conditions que des troupes allemandes, (la division SS du commandant Heinrich) s’installèrent au camp en février/mars 43. Instauration du couvre-feu et réquisitions furent les premières mesures subies par la population. Les alliés ayant débarqué, cette division SS allait regagner le Nord en semant la terreur. La Croix Blanche où Manuel Azevedo est tué sur le bord de la route n’en est que la première étape.

Après l’Appel du 18 juin, deux maquis se créèrent au Camp : celui du Capitaine Philippe, aux environs de la ferme de la Boussière et du Commandant Théophile à Pech Sec. En 1942, les responsables français du camp n’hésitèrent pas à soustraire aux occupants des stocks d’armes et de munitions du camp en les camouflant en lieu sûr (35 tonnes de matériel de guerre dissimulé dans les phosphatières du Camp). Malheureusement une dénonciation devait réduire leur acte à néant et entraîner l’arrestation par la gestapo, puis la déportation de deux d’entre eux : Le Commandant Normand et l’adjudant chef Gilles. Le premier est décédé le 15 Novembre 1943 des sévices subis au camp du Buchenwald. Le second a miraculeusement survécu pour être libéré en 45. A fin de la guerre, le Camp prend la dénomination de « Camp Normand » en souvenir de la conduite exemplaire de cet officier.

Harcelés par la Résistance, les allemands devaient définitivement quitter la camp en tant qu’occupant pour y revenir peu après comme prisonniers de guerre. Parallèlement le camp de Livron accueillit des familles Ukrainiennes, en1944/1945. Il servit ensuite de camp de concentration à des troupes indochinoises qui s’étaient rebellées contre la France. Celles-ci étaient encadrées par des éléments de troupes coloniales françaises. Ces Indochinois furent renvoyés chez eux à la fin de la guerre d’Indochine.

Le Camp « NORMAND » depuis 1945

Immédiatement après la guerre, le camp de Caylus a été utilisé pour un temps par l’infanterie, la cavalerie (devenue troupes motorisées), l’artillerie et même l’aviation qui y effectuait des tirs en vol. Des unités de gardes mobiles et de gendarmerie vinrent également y séjourner. Pendant un an environ, une unité Nord-africaine (le 14è Tirailleurs) y fut affectée avant d’être dissoute lors de l’indépendance de l’Afrique du Nord. En 1962, l’appartenance du moment de la France à l’O.T.A.N amena des manœuvres Inter-alliés (soldats Anglais, Allemands et Français).

Aux achats de 1932 donnant au camp une superficie de 3 000 hectares viennent s’ajouter ceux acquis entre 1962 et1967/1968. La superficie passe alors à 6 500 hectares. En 1962, le Camp est classé « national ». En juillet, la 38ème Compagnie de Camp est créée. De 1963 à 1967, des bâtiments en dur sont construits pour abriter la Compagnie de Camp et les troupes en manœuvre. Le camp absorbe alors les fermes du Gabach, Mondounet, Rigal-Boissière, Pécam, Jean Couzi, Rastibel, le Bout du Bois, la Crouzette, le Mas de Gardou et les Aubrelongs. La plupart de ces fermes ont été restaurées et sont entretenues pour abriter les unités en manœuvre. Des constructions en dur remplacèrent celles en bois, de nouveaux bâtiments s’élevèrent chaque année. La station de pompage de Livron (réalisée en 1927) qui assure approvisionnement en eau du camp des Espargots fut rénovée, un réseau de routes créé partout même dans les champs de manœuvres et les terrains de tirs bien aménagés.

Le camp bâti

Les installations du Camp permettent alors d’abriter environ deux milles hommes, moitié sur le camp bâti, moitié dans les fermes. Les équipements permettent le tir à toutes les armes d’infanterie : pistolet, fusil, mitrailleuse, canon de 20 mm, mortier de 81, missile antichar, canon de 106 mm sans recul, ainsi qu’au canon de 80 mm des engins blindés.

Le 1er juillet 1979 est créé le 38ème Groupement de Camp dont le Chef de Corps est le Colonel, commandant le Camp. Il est également commandant d’armes de la garnison de Caylus qui englobe l’annexe de l’établissement des subsistances, le détachement du Génie, le centre de transmissions et la brigade de Gendarmerie.

Le 29 septembre 1980, à l’occasion de la Saint-Michel, fête traditionnelle des parachutistes, Valéry Giscard d’Estaing, président de la République, a assisté au camp de Caylus à une cérémonie puis à des exercices auxquels ont participé les unités de la 11e DP (Division Parachutiste). Parmi les autorités civiles et militaires présentes figuraient notamment Yvon Bourges, ministre de la Défense, et le général d’armée Lagarde, chef d’état-major de l’armée de Terre.

Valéry Giscard D’Estaing, le 29/10/1980

Dans le cadre de sa mission de soutien à la préparation opérationnelle des forces, le groupement de camp de Caylus a accueilli sur l’ensemble de l’année 2003 de nombreuses unités avant leur engagement à l’extérieur de nos frontières ou sur le territoire national. (Côte d’Ivoire, Afghanistan, Kosovo, Haïti, Vigipirate). Avec 140 000 passagers accueillis cette année-là, le taux d’occupation du camp s’élevait à 500 hommes/jour (hors période de fermeture), et la fréquentation des installations de tir s’est maintenue avec 220 jours et 100 nuits d’activités. Avec un tel niveau d’activité, une compagnie de camp était nécessaire en permanence pour gérer tous ces mouvements. Les personnels civils de la défense étaient alors 93 et les personnels militaires 72. Cent-vingt familles résidaient dans les cantons de la région dont une bonne cinquantaine dans celui de Caylus.

Le 1er juillet 1984, le Groupement de Camp prend l’appellation de 24ème Régiment d’Infanterie de Marine. Le drapeau de ce glorieux régiment lui est officiellement donné en garde le 28 juillet 1984 lors de la passation de commandement entre le Colonel LATAPIE et le Lieutenant Colonel LEGENNE.

Le 20 janvier 1986, le 38ème Groupement de Camp reçoit la garde du drapeau du 7ème Régiment d’Infanterie de Marine et devient alors le 38° GC / 7° RIMA. Le 1er juillet 2001, Le 38° Groupement de camp / 7° RIMA prend l’appellation du Groupement de camp de Caylus. Le 25 juin 2009 a lieu la cérémonie de fin de temps de commandement du lieutenant-colonel BUSCH Wilhelm dernier CDC du GTC Caylus. Suite aux mesures de restructuration de l’armée de terre, le GTC Caylus est devenu, à compter du 1er août 2009, 17° Régiment du Génie Parachutiste (commandé alors par le colonel Jouslin de Noray) – Détachement du Groupement de camp de Caylus.

Uxellodunum et le Camp de Caylus

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